Il y a une question qui me traverse depuis quelque temps.
Une question qui paraît simple, et pourtant vertigineuse :
que faisons-nous vraiment de notre désir ?
Pendant des décennies, on nous a appris à le taire.
À ne pas trop en vouloir.
À ne pas trop en dire.
À rester à notre place, sages, invisibles, convenables.
La sexualité devait se vivre en coulisse, de façon discrète, presque honteuse.
Et surtout, elle ne devait surtout pas nous échapper.
Puis, peu à peu, quelque chose a bougé.
On a commencé à parler.
De plaisir. De consentement. De corps. De limites. De fantasmes.
On nous a dit : libérez-vous. Explorez. Osez.
Et c’était nécessaire bien sur !
Mais voilà ce que j’observe aujourd’hui :
nous avons peut-être échangé une prison contre une autre.
Avant, il fallait être sage.
Aujourd’hui, il faut être libérée.
Avant, il ne fallait pas trop désirer.
Aujourd’hui, il faut avoir une libido épanouie.
Avant, il ne fallait pas parler de sexe.
Aujourd’hui, il faut savoir communiquer parfaitement sur ses désirs.
Le plaisir, lui aussi, peut devenir une performance.
Il faudrait avoir un orgasme.
Que l’autre en ait un aussi.
Être suffisamment désirable.
Savoir lâcher prise.
Être spontanée.
Entretenir le désir dans son couple.
Avoir une sexualité « épanouie ».
Comme si, finalement, il existait encore une bonne manière de vivre sa sexualité.
Une manière plus moderne, plus consciente, plus libre...
Une autre manière d’habiter son corps
C’est précisément ce dont nous avons parlé avec Fanette Choulier, sexothérapeute, dans le nouvel épisode de Conscious Love.
Et une phrase de notre échange m’est restée, comme une évidence :
« On baigne dans les injonctions. Et quand on baigne dans quelque chose, on ne peut pas ne pas être mouillé. »
Les normes sexuelles sont partout.
Dans les films. Dans la pornographie. Dans notre éducation.
Dans nos relations. Dans les conversations entre ami·es.
Dans les discours sur le couple.
Et parfois même dans les discours qui prétendent nous en libérer.
Alors il ne s’agit peut-être pas de réussir à se débarrasser définitivement de toutes nos injonctions.
Parce qu’elles continueront d’exister autour de nous.
Il s’agit plutôt de créer suffisamment d’espace pour commencer à entendre autre chose.
Ecouter sa propre voix.
Celle qui dit parfois oui.
Celle qui dit parfois non.
Celle qui ne sait pas encore.
Celle qui a envie aujourd’hui et pas demain.
Celle qui aime certaines choses et pas d’autres.
Celle qui découvre qu’elle a envie d’une sexualité qui ne ressemble à aucune des images qu’on lui a montrées.
La liberté n’est pas une performance
Et c’est peut-être là que commence une véritable liberté sexuelle.
Pas nécessairement dans le fait de tout oser.
Ou dans le fait d’être « libérée ».
Mais dans la possibilité de ne plus avoir à jouer un rôle dans sa propre intimité.
De ne plus chercher à être la partenaire parfaite, la femme désirable, la personne sexuellement épanouie.
Mais d'être présente, dans son corps, avec son désir, ou cette absence de désir.
Et avec la possibilité de découvrir, petit à petit, ce qui nous fait réellement du bien.
C’est cette exploration que nous avons poursuivie avec Fanette dans le nouvel épisode de Conscious Love.
On y parle de désir, de plaisir, de douleurs, de consentement, de sexualité queer, de normes hétéropatriarcales, de « masculin et féminin sacrés ».
Et surtout de ce que cela change lorsque l’on commence à sortir des scripts qu’on nous a transmis.
🎧 Écouter l’épisode : Sexualité : déconstruire les injonctions pour retrouver le plaisir
Une invitation pour cette semaine
Peut-être que cette semaine, tu peux simplement garder cette phrase quelque part :
Tu n’as pas à réussir ta sexualité.
Tu as le droit de la découvrir.
À bientôt,
Delphine & Heidy
Conscious Love